Ce sont d’abord la couleur et l’intensité de ses yeux qui me fascinent. D’un vert que je ne saurais décrire (ne nous connaissant pas, je ne les ai pas regardés avec insistance!), ils me rappellent ceux des chats, profonds et limpides, comme s’ils reflétaient toute son âme. Ces yeux si magnifiques appartiennent à Robin, jardinière anglophone au jardin communautaire Châteaufort depuis onze ans.
Puis c’est l’odeur de fumier qui fait tressaillir mes narines! En effet, de ses mains émane l’odeur d’un purin végétal qu’elle confectionne elle-même à base de plusieurs plantes qui subissent une macération prolongée. Un fortifiant naturel particulièrement apprécié des plantes!
Côte à côte, nous nous installons sur un banc proche de son jardin. Douce et discrète, Robin m’en parle avec respect et affection. D’une fourchette de temps allant de moins de 30 minutes à presque deux heures, elle vient tous les jours ou tous les deux jours pour prendre soin de son lopin de terre.
Son expérience de près de 20 ans comme fleuriste a fortement influencé sa décision de faire une demande de jardin. Finalement, après deux ans d’attente, elle devient locataire d’une parcelle de terre.
Le premier emplacement de son jardin s’avère déterminant puisqu’il lui permet de rencontrer une jardinière autochtone qui l’initie aux rudiments de la culture potagère. Considérant, entre autres, que tout est utile dans la nature et, par conséquent, qu’il n’y a pas de mauvaises herbes, cette jardinière l’amène à penser différemment son lien avec la nature. « Ça m’a donné beaucoup plus de respect pour la nature » me confie-t-elle.
Nous poursuivons notre tête-à-tête et, à travers les questions que je lui pose, elle me fait davantage entrer dans son univers. Je découvre ainsi que le jardin peut revêtir tout un pan spirituel. Ainsi, « les plantes lui enseignent les choses » et lui permettent de développer son instinct et de s’y fier. Son habileté au jardinage s’appuie autant sur ses connaissances concernant les cycles de la lune que sur celles lui permettant de réaliser les meilleures associations possibles entre les différents végétaux. Elle va même jusqu’à susurrer aux nervures de ses plantes, m’avouant en chuchotant que « oui, des fois, je parle à mes plantes, mais pas trop fort ».
Quand je lui demande ce que lui apporte la pratique de cette activité, elle me répond sans aucune hésitation : « beaucoup de bonheur! ». Elle aime tout particulièrement mettre ses mains dans la terre et parle de « miracle » quand elle voit mûrir le fruit de ses plantations. Je ressens d’ailleurs chez elle une très grande sérénité et une forte connexion avec les éléments qui l’entourent. Ce qu’elle me confirme l’instant d’après avec cette remarque : « Je me sens équilibrée avec la nature ».
Du romarin à la menthe poivrée en passant par l’ortie, la sauge, l’ail et le gingembre, Robin fait ses propres expériences en testant toutes sortes de tisanes et de thés glacés, tantôt pour le plaisir de ses papilles, tantôt pour soulager quelques maux du corps. Elle aime également cuisiner avec simplicité ses récoltes : concombre aux herbes, tzatziki ou encore salsa de tomates, concombres, piments, ail, échalote et fines herbes. Alléchant, n’est-ce pas?
Cette entrevue avec Robin m’aura permis de traduire en mots ce sentiment, fugace, quelques fois éprouvé, de faire partie d’un tout et de saisir combien la spiritualité, terme si complexe à définir, peut revêtir autant de formes qu’il y a de variétés de plantes potagères. D’ailleurs, la marmotte qui s’invite régulièrement à ce grand banquet de fruits et légumes frais du jardin communautaire de Châteaufort en serait-elle une de ses manifestations?!
- Robin et ses tisanes
- Robin et ses tisanes
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