Ma série d’entrevues avec les jardiniers et jardinières du Jardin communautaire Châteaufort se poursuit avec Valentina. Vivant au Québec depuis 26 ans, elle dispose d’un jardinet depuis une dizaine d’années. Lorsque je débute mon entrevue avec elle, Valentina est déjà en plein ouvrage dans son potager. Elle me demande d’ailleurs de pouvoir continuer de travailler tout en répondant à mes questions. Je me mets donc à la suivre, allant d’un bout de sa parcelle de terre à un autre, qui, heureusement, ne fait que 200 pieds carrés (18,5 mètres carrés)! J’ai, d’un seul coup, le sentiment d’entrer dans la peau d’une abeille, mais au lieu de butiner les fleurs, je me retrouve à virevolter après le nectar de ses paroles!
C’est avec une casquette rouge vissée sur la tête, une bêche à la main et l’air déterminé que Valentina m’apprend que la culture potagère est une histoire de famille puisque sa mère et sa sœur sont également locataires à Châteaufort. Cette histoire dépasse toutefois la clôture du jardin puisqu’elle s’enracine en Russie. D’ailleurs, avant même qu’elle ne m’indique son pays d’origine, je décèle dans son accent quelques traces d’une rigueur hivernale commune avec le Québec!
Ce lien qui l’unit à la terre a été fortement influencé par son père : « c’est mon père qui nous a appris à aimer la nature ». Ainsi, lorsqu’elle vivait à St-Pétersbourg, toute la famille s’adonnait à la cueillette des champignons; une habitude qui se poursuit aujourd’hui sur cette terre d’accueil. Valentina constate que les gens au Québec vont peu ramasser les champignons. Ce qui, selon elle, a pour effet de perdre la connaissance liée à la comestibilité des champignons. Or, ce qu’elle aime dans le fait de cultiver des plantes, c’est justement la transmission du savoir, qu’il soit d’ordre mycologique ou horticole. Je réalise à travers ses propos que son histoire n’est pas seulement d’ordre familial, elle relève également d’un devoir de mémoire vis-à-vis de ses concitoyens, mais aussi des générations suivantes.
Alors qu’elle est en train de se débattre avec un pied de cosmos, Valentina me mentionne de façon plus terre à terre que le jardin est un moyen pour elle de sortir du quotidien, de se relaxer et de se réénergiser; dès ses débuts, cette activité de production horticole lui procure beaucoup de satisfaction. Elle apprécie particulièrement de voir la concrétisation de son travail, celui-ci devenant « quelque chose de bien ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la culture des différents jardins familiaux n’est pas juste une affaire de femmes. Son conjoint s’occupe de réaliser le passage dans la parcelle de terre et ensuite de manger la production! Les échanges de conseils, de plantations et de production avec les autres jardiniers comblent également chez elle un besoin de partager des relations amicales et communautaires.
Sur le point de conclure notre entrevue, Valentina me laisse encore quelques instants pour une dernière question. Quand je lui demande si elle souhaite me parler d’un légume spécifique cultivé dans son jardin, elle me révèle que dans les premières années d’exploitation de son potager, elle a planté des graines de courge russe. Celle-ci a la particularité d’avoir la peau tendre et lisse. Mais au fil du temps, les racines de la courge se sont mélangées aux autres variétés provenant du Québec. Voici, à mon sens, une parfaite illustration d’une intégration réussie! Finalement, après quelques prises de clichés photographiques de son jardin, Valentina rejoint celui de sa mère pour poursuivre son travail qui l’amènera probablement tard dans la soirée. Le temps passé dans cette nature urbaine n’a pas de limite!
- Valentina et ses courges
- Valentina et ses courges
- Valentina et ses courges


