C’est dans une atmosphère détendue et enjouée que mon entrevue avec Johanne débute. Le contact qui s’établit entre nous est simple et spontané. Véritable boute-en-train, je l’imagine endosser le rôle de pitre de la classe dans ses jeunes années! Je la vois gigotant sur sa chaise à la recherche de la moindre blague à faire pour amuser son auditoire et exacerber la patience de son enseignante. Mais peut-être n’est-ce là qu’une interprétation de mon esprit!
Revenons-en à elle à l’âge adulte, en cet instant du mois d’août, par une belle soirée ensoleillée. Locataire au Jardin communautaire Châteaufort depuis quatre ans, elle pratique seule cette activité horticole et se définit comme une « jardinière occupée et paresseuse »; occupée du fait de son statut de travailleuse autonome et paresseuse dans la mesure où elle ne peut venir qu’une fois par semaine s’occuper de son jardin. Ainsi, elle s’arrange pour qu’il soit facilement entretenu. Vous vous dites certainement : « avec l’été que nous avons eu, comment cela est-il possible que des légumes puissent pousser dans son jardin alors qu’elle n’arrose qu’une seule fois par semaine? ». Chose surprenante, cela pousse!
Cette expression de « jardinière paresseuse » n’est pas fortuite puisqu’elle est empruntée à Larry Hodgson, journaliste horticole et partisan du moindre effort en matière de jardinage. Au premier abord, cette désignation peut paraître des plus péjorative. En réalité, c’est une autre manière d’aborder le jardinage. Certains y voient une occupation de socialisation, d’autres une forme d’équilibre avec la nature, d’autres encore de s’extraire de leur quotidien. Avec l’approche de Larry Hodgson, je dirais que le jardinier se place dans une posture de contemplation. En effet, l’idée est de passer le moins de temps possible à travailler dans son potager et le maximum de moments à regarder la beauté de sa production. Pour cela, il suffit de mettre en place des stratégies qui permettent un résultat optimum avec très peu d’efforts. Ainsi, pour reprendre les propos de Larry Hodgson, « à force de ne planter que des végétaux faciles et sans problèmes et d’éliminer les plantes nécessiteuses et maladives, j’ai découvert une chose intéressante. Quand on élimine « les plantes à problèmes » de son aménagement, le jardinage devient facile, même très facile. On n’a pratiquement plus rien à faire d’autre que d’admirer son aménagement paysager de son hamac et j’aime ça comme ça » (Hodgson, 2007, p. 7).
Au-delà, bien sûr, de l’aspect indolent de cette approche, la culture de son jardinet apporte à Johanne un sentiment de détente, de liberté et de plaisir : celui d’être proche de la terre et de la nature sans avoir à quitter la ville pour aller en pleine campagne; celui de pouvoir apprécier le résultat de son travail et de le partager avec ses amis; celui, enfin, d’être en mesure de venir à l’horaire qu’elle souhaite et d’avoir la surprise de ce qu’elle va découvrir. À ses yeux, son jardin est tout simplement « magnifique ».
À ses débuts de jeune horticultrice, elle recevait les conseils des autres jardiniers. Mais par la suite, elle s’est mise à faire ses propres expériences. Cependant, du fait de la trentaine de nationalités présentes au jardin communautaire, elle trouve toujours intéressant de voir ce que les autres locataires font pousser dans leur parcelle. Elle aime également observer le jardin de chacun puisque, pour elle, cela en dit long sur les gens.
Quand je lui demande s’il y a une plante en particulier dont elle veut me parler, elle me mentionne « les plantes imposteurs ». Elle fait référence ici au cantaloup et aux courges décoratives qui ceinturent son potager. Ce sont des végétaux qu’elle n’a pas plantés mais qui pour autant ont tranquillement pris leurs aises! En réalité, ces plantes proviennent du compost de chez elle. Cela fait partie des petites surprises qu’elle apprécie de son jardin!
Finalement, avant d’aller admirer son jardin avec une amie qui l’accompagne, Johanne me transmet une de ses recettes favorites : la salade de haricots. Véritable farandole de couleurs, elle est composée de haricots verts, jaunes, doliques (il a la forme d’une asperge mais violacée), de pois mange-tout et d’une sauce au vinaigre balsamique. Bon appétit!
- Johanne et ses courges décoratives
- Johanne et ses courges décoratives
- Johanne et ses courges décoratives
Références:
Hodgson, Larry, 2007, Les coups de coeur du jardinier paresseux, Saint-Constant, Éditions Broquet, Coll. « Jardinier paresseux », 495 p.


