Sans que je ne m’en aperçoive, le soleil se couche tranquillement derrière les immeubles qui entourent le jardin communautaire Châteaufort. Le jour fait place à la brunante, et la quiétude de la nature urbaine remplace doucement le bourdonnement humain environnant. De la spirituelle à la déterminée, en passant par la boute-en-train, je me demande quelle nouvelle personnalité de jardinière je vais être amenée à interviewer.
C’est dans cette atmosphère paisible et chaleureuse que je rencontre Isabelle, jeune locataire d’une parcelle de terre depuis le mois de mai. Nous nous installons à l’une des tables à pique-nique présente sur le site, Isabelle, à peine sortie de son jardinet, un plein saladier de tomates cerises dans les mains, et moi, un peu perdue dans mes pensées, le cœur rempli de toutes ces confidences que je recueille pour ce projet personnel. Et c’est ainsi que s’amorce notre échange.
Isabelle commence par me mentionner qu’elle a attendu son jardin pendant trois ans. Quelle patience! Son désir d’obtenir une place dans un jardin communautaire a été alimenté par son goût pour la botanique, la phytothérapie et l’herboristerie. Réalisant ses propres savons et tisanes, elle souhaite incorporer le fruit de ses cultures à ses fabrications artisanales.
Étant issue d’une famille de jardiniers, Isabelle cultive des plantations à l’échelle de son balcon depuis des années. Et même si le résultat n’est pas toujours celui escompté, elle a « le plaisir de jardiner même si je récolte rien ». Elle achète ses graines biologiques dans la région du Bas-Saint-Laurent auprès de l’entreprise La société des plantes qui vend des semences de plantes diversifiées et parfois oubliées.
Au-delà de combler sa curiosité d’herboriste et de répondre à son intérêt pour la botanique, le jardin revêt un aspect thérapeutique chez cette jardinière. À commencer par le fait que lorsqu’elle est dans le jardin, elle a le sentiment d’être dans une vaste étendue d’où elle peut voir le ciel et les nuages. Un moment qui s’avère propice à la méditation. Ensuite, son jardin lui permet d’expérimenter les choses comme réaliser des mariages entre les herbes, tester différentes formes de « compagnonnage ». Isabelle ajoute que le jardin a aussi un rôle financier dans la vie familiale puisqu’il permet de faire quelques économies substantielles.
Mère de trois enfants, elle réalise qu’elle aurait dû effectuer sa demande de jardin plus tôt, ce qui aurait permis que ses enfants « grandissent avec le jardin » et développent ce même lien qu’elle nourrit à son égard. Et bien qu’elle encourage régulièrement la famille à la rejoindre au jardin et à s’impliquer, elle « ne gagne pas tout le temps ».
Pour Isabelle, l’avantage avec le jardin, qui, par essence-même, implique d’être biné, bêché, ameubli, amendé, arrosé et j’en passe, c’est qu’il permet de développer un lien social avec les autres locataires du jardin communautaire sans pour autant devoir trop s’éterniser dans une conversation plus personnelle. Ainsi, elle aime « voir la personnalité de chacun à travers le jardin sans même avoir à beaucoup parler ». Néanmoins, et ce, malgré son tempérament solitaire, elle apprécie particulièrement l’idée que des gens d’origines diverses à travers le monde puissent converser et fraterniser autour des plantations.
Notre entrevue s’arrête sur cette note riche d’espoir et d’enseignement. Isabelle part rejoindre sa famille et ses amis venus souper au jardin, tandis que je m’interroge sur ses derniers propos. Dans la mesure où le jardin communautaire semble être un lieu de pacification et d’unification entre les gens, la Ville de Montréal ne devrait-elle pas développer davantage ces espaces collectifs marqués par un fort esprit citoyen et environnemental?
- Isabelle et ses savons
- Isabelle et ses savons
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